Sans rival à BONNEVAL !!!!!!

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Samedi 9 juin, de 18h à 22h, se déroulait la traditionnelle édition de Bonneval en relais par équipe. Le moral gonflé à bloc, Guy et moi-même écoutâmes avec assiduité les conseils de notre cher et vénéré président Thierry. Dès le  départ, une mauvaise nouvelle tombe : le quatrième membre qui aurait dû compléter l’équipe venait de déclarer forfait dans les tous derniers instants. Pour éviter toutes représailles, je ne citerai pas son nom. Nous comprîmes alors que nous allions devoir nager plus de tour que prévu et encaissâmes le coup en grimaçant. Dans ce contexte un peu incertain, nous arrivâmes juste à temps pour nous inscrire, c’est-à-dire trois heures avant l’ouverture desdites inscriptions. A peine débarqué, comme à son habitude, notre cher et vénéré président Thierry se transforma en super VIP du SCA2000. Quelle ardeur.

J’ai donc un peu de temps pour vous expliquer la configuration de la course. Bonneval est une belle et vieille ville entourée par une enceinte fortifiée. A ses pieds, une douve, alimentée par un bras plus ou moins mort du Loir. Compte tenu de l’odeur et de sa couleur un peu douteuse, je dirai que c’est plutôt un bras mort qui l’alimente. C’était donc dans cette eau extraordinairement accueillante que la manifestation aquatique se déroula et que les nageurs s’ébrouèrent et se débâtirent. Bien que le parcours fût circulaire, au briefing, on nous expliqua qu’il fallait toujours prendre à droite pour revenir au point de départ. Allez comprendre ! La topographie avait aussi son importance : le parcours faisait 1,2 km décomposé en trois tiers : les 400 premiers mètres montaient, les 400 suivants étaient plats, et les 400 derniers descendaient. Pour mon cas, plus la course passa, plus elle se résuma en une seule montée de 1,2 km synonyme de souffrance au dos et aux jambes. Il fallait compter en moyenne 15’30’’minutes au tour.

Thierry revint vers nous pour nous distribuer un petit fanion orange sur lequel notre nouvelle identité était inscrite le temps de la course, afin d’être identifié par le jury à chaque changement d’équipier. Guy s’appelait dorénavant W1 et notre cher et vénéré président Thierry, W3. Très logiquement, je m’intercalais dans la séquence avec W2.

Voilà, les concurrents étaient au départ. Prêt à en découdre pendant 4 heures. Des duels s’annonçaient farouche et certains concurrents se toisaient du regard en guise de défi. Un vrai règlement de compte en perspective. J’avais compté tous les protagonistes mais aujourd’hui avec le recul je ne m’en souviens plus très bien. A l’occasion j’en parlerai à mon médecin. En tout cas ils étaient pas mal, surtout physiquement, et notamment W1 (suivez un peu c’est Guy).

Comment décrire W1…

W1 était nu sur son flotteur enfin les épaules seulement car le reste était bien rangé sous sa combinaison ; sa peau cuivrée par les couches de bronzage successives témoignait de l’assiduité du jeune retraité à profiter de sa nouvelle vie au soleil. Il était magnifique, il était presque aérien bien que ce fût une épreuve nautique et c’était dans cette configuration sublime qu’il s’élançât. Très vite, il prit pratiquement la tête de la course. Les canards, sur son passage, se poussèrent, impressionnés qu’ils étaient par le déplacement de la vague formé par son bateau que W1 s’évertuait à creuser davantage. Les canes ne restaient pas insensibles au charme de notre héros mais je ne m’attarderai pas sur le sujet. Lui non plus d’ailleurs car, déjà W1 disparaissait de ma vue et bientôt des écrans radars du jury à leur plus grand étonnement. Je pense qu’il venait de tourner à droite.

Je partis m’échauffer ; dans la voiture, en poussant le thermostat du chauffage jusqu’ à 29°. Suffisant. Enfin seul, j’eus quelques minutes pour me replonger dans l’excellent livre de Andreï Kourkov : ‘les pingouins n’ont jamais froid’. Livre tout à fait approprié au contexte de la course et des personnages qui s’y débattaient. Et justement en parlant de pingouin, c’était bientôt mon tour. Je me jetais à l’eau.

 

W1 arrivait, une tape sur la main avec W2 pour signaler le changement d’équipier aux membres du jury, et hop c’était parti.

Comment décrire W2…

W2, c’est le croisement naturel de Georges Clooney et de Flipper le dauphin, le tout matérialisé dans le corps un peu ingrat d’un baleineau. Heureusement, j’étais en possession du flotteur de notre icône vivante Guillaume, le fameux ‘Tumag’. C’est du Wolof, un dialecte teuton. Ce mot veut dire ‘guerrier’. Ce bateau est redoutable. Il est tellement véloce qu’il pourrait être assimilé à du dopage si le nageur ne devait tout de même pas palmer très fort pour le faire avancer. Mais mes jambes n’ont jamais été réellement d’une grande célérité. Du coup, je n’étais pas certain de le mériter. Un grand merci pour le prêt de cette F1 des rivières. Promis je ferai mieux la prochaine fois.

W2 arrivait, le même petit rituel de la main avec le nouveau partant, W3, et hop c’était parti.

Comment décrire W3…

W3, c’est la force tranquille et rassurante que seuls quelques hommes d’exception peuvent incarner. Dur à la douleur, résistant et surtout régulier dans l’effort comme un métronome. Ses performances l’attestent. Il est précieux pour ses équipiers. L’avoir dans son équipe c’est comme jouer dans l’équipe de Zizou : on part confiant. Et puis c’est un breton. A lui tout seul ce mot draine avec lui un cortège de superlatif flatteur. Avec ça je devrai avoir 5% de remise sur ma prochaine cotisation.

Et voilà, W3 venait lui aussi de boucler son premier tour, et avec lui, c’était toute la saison 1 de cette série de trois épisodes qui se terminait. Au total, grâce à la ferveur du public, nous enchaînâmes cinq saisons soit quinze épisodes au complet. Nous n’avons pas eu le temps de signer pour un seizième épisode. Et puis comme toutes les bonnes choses ont une fin, la course se termina. Nous allâmes nous changer et nous nous tinrent prêt pour la remise des trophées. Hô, divine surprise, dans la catégorie ‘équipe à trois’ nous finîmes premier. Sous les hourras de la foule en délire nous nous frayâmes un chemin pour recevoir notre lot. L’ambiance était à son comble. L’odeur des merguez qui cuisaient sur un grill ajoutait une dimension supplémentaire à la fête. Une fumée insistante trahissait malgré tout une cuisson mal maîtrisée nous privant ainsi du contact visuel avec ce nouveau fan club qui nous bissait pour l’occasion. Mais nous, nous étions ailleurs, la tête dans les étoiles et dans la fumée des saucisses, à attendre notre récompense. C’est pratiquement en transe que nous prîmes cette fabuleuse coupe en plastique massif et que nous nous partageâmes deux jeux de cartes et un fabuleux porte clé. Nous étions au nirvana, l’esprit ailleurs, dans un autre espace-temps, celui des Dieux grecs de l’antiquité et des premiers jeux olympiques. Et puis tout à coup ce fût la débandade parmi le public, car la maîtresse de cérémonie proclama ouverte l’accessibilité au bar. Aussitôt toutes les personnes qui, il y a encore quelques secondes nous adulaient, nous délaissèrent précipitamment pour aller trouver refuge dans la boisson et dévorer ces merguez charbonnées. Que les gens étaient ingrats. Les spots s’éteignirent, les gradins furent démontés rapidement et tout le monde but et se goinfra vous savez de quoi. Nous retombâmes instantanément dans l’anonymat et l’oubli. Dans l’obscurité de la nuit naissante, imprégnée par l’odeur tenace de cette fumée qui n’en finissait pas de s’étioler doucement vers le ciel, nous descendîmes lentement du podium conscient que poser le pied sur terre allait nous ramener à la simple réalité de gens ordinaires. Mais aussi nous ramener tout simplement dans nos foyers pour trouver un refuge bien mérité dans les bras de Morphée. A l’année prochaine les amis, j’ai passé une superbe journée avec vous. Puissions- nous recommencer cette belle aventure !

W2