Pèlerinage à Migennes

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Je vous laisse vous délecter du récit eucharistique de Frère TUC ci-dessous.

Bonne méditation !

 

 

En ce jour béni du dimanche 7 octobre, l’heure de la Grand-messe annuelle rassemblant de fidèles nageurs traditionnels avait sonné.

 Un peu trop tôt à mon gout. Car, après une veillée faite d’abstinence en tout genre, je me levais à Sixte, pour aller rejoindre la petite confrérie du SCA (comprenez SacréCœur d’Anges) qui commençait à se rassembler devant la paroisse Saint-Jean de Taris.

 Par ordre d’apparition céleste, nous vîmes : Guy, Muriel et Sylvie, puis, ce cher et vénéré président Thierry et enfin votre narrateur, plus connu sous le pseudo Frère_Tuc*91.

 Thierry se singularisait de notre confrérie par le port d’une sempiternelle robe de bure râpeuse, toujours flanqué de vieilles sandales en cuir défraichi pour témoigner sans doute ce que devait être sa rude vie monastique faite de privation et de dévotion.

Quel Saint-Homme ! Sur la route, un peu enivrés par les odeurs d’encens et de gommes aromatiques plus ou moins illicites que Thierry répandait dans l’habitacle de la voiture, nous écoutâmes ses psaumes de recommandation. (Je sens que ma prochaine cotisation va subir une légère inflation).

 Sur place, nous constatâmes le cœur en joie, que de très nombreuses autres communautés amies se regroupaient sous leur étendard distinctif. Quel bonheur de revoir tous ces frères. Comme les membres de la fraternité de la Palme Plaisiroise dont le nom évoque pourtant des tentations vénales et autres péchés inavouables.

Sous un ciel chargé et automnal nous sentions monter l’excitation de la course qui se profilait.

Et c’est ainsi que dans une vaste prairie herbeuse, une longue procession de nageurs commençait à se former pour atteindre progressivement les rives du départ, exceptionnellement repoussé de 400 mètres par manque d’eau. Aucun signe ostentatoire n’était visible : une combinaison en néoprène noire habillait sobrement les futurs communiants.Aucune punaise de sacristies n’aurait pu trouver à y redire. Profitant d’un moment d’apaisement où les dernières consignes furent délivrées sous forme de bonnes paroles, je m’isolais pour me recueillir un instant en ouvrant ce livre vulgaire des frères Vaïner : L’évangile du bourreau. Titre tout à fait approprié à l’évènement divin qui se préparait. Et déjà l’angélus sonna 10h et avec lui, le signal du départ.

 A cet instant précis, tous les membres de cette communauté plongèrent dans cette eau que beaucoup considéraient comme purificatrice. Je la considérai plutôt comme froide, d’autant que je m’étais fixé comme objectif de nager sans l’aide d’un quelconque flotteur. La longue liturgie de la course s’ouvrait devant nous : depuis le pont de Chesny où serpentait l’Armançon jusqu’à l’arrivée au village de Laroche-Saint-Cydroine au pied duquel paressait l’Yonne : 5,4 Km de pénitence. Avant que mon visage ne plonge définitivement dans cette eau d’une repoussante couleur verdâtre, j’eus le temps de constater que les moutons dociles que nous étions encore quelques instants auparavant s’étaient transformés en loups féroces, prêts à tout pour gagner. Tous maintenant croyaient au miracle de la victoire. Beaucoup de concurrents animés par un malin plaisir vendirent leur âme au diable. Brave diable, ayant l’esprit pratique jusqu’au bout de sa fourche, il fit une belle moisson !

Orgueil, envie, tels furent entre autres les deux péchés capitaux relevés par les anges gardiens de cette course qui nous sécurisaient pour l’occasion.

 Ils fermèrent néanmoins les yeux sur ces manquements car nos fautes étaient compensées par la souffrance physique que nous nous imposions et endurions pour tenter de remporter ce fameux trophée. Un Chemin de Croix pour les uns, un calvaire pour les autres, et, en ce qui me concerne, une véritable traversée du désert bien que cette épreuve fût nautique. Quel puissant remède pour expier l’épaisse couche de fautes qui me collait à la peau ! J’en ai bavé.

Comment me remercier d’avoir eu cette idée de génie de m’engager dans cette catégorie ?!Sans transition, le long des berges, de pauvres pécheurs, des vrais ceux-là, furent obligés de battre en retraite précipitamment face aux deux murs d’eau qui se formaient devant les nageurs et qui se déversaient de part et d’autre de la rive. Toute ressemblance à quelques Scènes Bibliques n’est que pure coïncidence et serait fortuite.

Et puis au bout d’une heure trente d’un véritable train d’enfer, les éléments finirent par se calmer, en commençant par les nageurs, et les flots naguère démontés se refermèrent au passage des derniers concurrents. Encore abasourdis, comme sous le choc d’évènements que nous n’avions pas vraiment contrôlés, les visages démoniaques qui nous habitaient se métamorphosèrent à nouveau en visages angéliques.

 A l’heure où tout le monde se congratulait et où chacun refaisait sa course, tout était déjà pardonné. C’était donc dans la joie et l’allégresse que nous arrivions maintenant au dernier temps fort de cette cérémonie à savoir la remise des coupes ou des Graal devrai je dire, tant les différents trophées avaient été convoités, âprement disputés au point d’en avoir été presque sacralisés. Pendant que les uns brandissaient fièrement une coupe honorifique, les autres leurs répondaient en brandissant tout aussi fièrement une coupe de vin.

Nous partageâmes ainsi un moment de bonheur simple mais fédérateur pour notre communauté. Bref instant de communion. Et pourtant, au-delà du tangible, ce qui comptait le plus pour moi, c’était que nous ayons participé et brillé chacun à notre juste et noble valeur pour faire en sorte que cette course soit une réussite. Mission accomplie.

 Notre groupe SCA pouvait être fier de lui ; son esprit que je qualifierai de SCAïen s’était une nouvelle fois distingué et renforcé sur cet évènement. Maintenant, la course se figeait lentement dans le passé. Il était temps pour nous de nous séparer et quitter les lieux. Pendant le retour, Thierry sifflotait sans conviction quelques airs de chants grégoriens pendant que la majorité d’entre nous méditait profondément à rien en dormant du sommeil du juste.

De mon côté, je repensais à Laurent qui m’avait appris tant de choses avant la course. Merci Laurent ! Il m’avait rugi ses précieux conseils pendant que je brayais en tentant de les appliquer. J’étais un peu honteux de toutes mes lacunes techniques et physiques. Vêpres. Dans l’ambiance cafardeuse du dimanche soir, je rejoignis ma cellule monacale. Seul, agenouillé sur mon Prie-Dieu à rassembler tous mes souvenirs, je fermais les yeux en repensant à cette belle aventure que je venais encore de partager avec vous.

Merci les amis. Merci ! Puissions-nous nous revoir l’année prochaine pour célébrer de nouveau cette belle cérémonie sportive.

Frère_Tuc*91